Tõnu Õnnepalu (Anton Nigov, Emil Tode)

Poèmes

Poetry

[Poèmes extraits de Kevad ja suvi ja, 2009] 

18 mai, dimanche.


La pluie. La pluie enfin, qui arrose

ce printemps froid et sec. 

Pour arroser une âme froide et sèche, 

il faudrait des larmes. Mais il n’y en a pas. 

La tristesse est comme du tartre

qui se dépose peu à peu dans l’âme.

Et un beau jour cette couche devient si épaisse

que l’on comprend : il n’est plus possible de s’en débarrasser.

Mieux vaut jeter le récipient.

26 novembre, mercredi.


Le paradoxe du vieillissement, c’est 

que le cœur a toujours le même âge. 

On ne s’en rend pas compte en général, 

il est comme enterré déjà,

quelque part sous le sable, les années, les déceptions,

mais il suffit d’un regard jeune,

d’une jeune voix, d’une jeune lettre,

et il ressort, il remonte, exactement

aussi bête et rouge 

qu’autrefois. 


4 décembre, jeudi.

Mort, chère mort, tu es

ce qui nous relie 

le plus solidement à la vie.

Aujourd’hui il a encore neigé. 

Les flocons étaient gros et volaient

comme si le printemps était de retour. 

Comme si le printemps était de retour: 

dans mon corps secret

tourbillonnent les eaux noires. 

Je suis heureux

d’être mortel.

En cela au moins

je suis

si semblable à toi.

Traduit de l'estonien par Antoine Chalvin

First published in Transcript 39 Estonia


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